Homme indien yogini amputé, vieille dame en fauteuil roulant

Le “handicap” – Les définitions de Morgane Z.Temps de lecture : 10 min

Il me tient à cœur de parler du vrai sexe de la vraie vie sur mon blog. Et en ce moment, il se trouve que je parle pas mal de ce que j’appelle la “handi-sexualité” : la sexualité des personnes en situation de handicap. J’aime bien ce terme, il est dans la même veine que le mot “handisport” qui désigne le sport adapté aux personnes handicapées.

Afin d’être sûre qu’on parle de la même chose, et pour avoir un cadre auquel me référer dans mes articles, j’avais besoin de faire le point sur la notion de “handicap”. Le but ici est donc de donner la définition du handicap, de voir rapidement les implications dans la sexualité (on reste sur un site de cul quand même^^), et d’aller au-delà de l’idée “handicapante” des situations dites de handicap.

Je ne suis pas médecin et ne prétends pas l’être, cet article peut comporter des erreurs et est loin d’être exhaustif. Si vous relevez des erreurs, je vous remercie de me les signaler 🙂

 

La définition législative du “handicap”

La notion de “handicap” est définie dans le Code de l’action sociale et des familles (Article L114 de la Loi n°2005-102 du 11 février 2005). Vous pouvez consulter vous-mêmes cette définition sur le site officiel Legifrance.

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un poly-handicap ou d’un trouble de santé invalidant. »

Pourquoi donner un cadre législatif à la notion de handicap ? Car lorsqu’un handicap est reconnu officiellement, la personne peut bénéficier de certaines compensations de la part de l’Etat, au vu de l’égalité des droits fondamentaux citée dans les articles L114-1 et suivants. Bon, la réalité n’est pas aussi rose que cela… En vrai l’Etat ne donne pas non plus des allocations de fou pour couvrir les dépenses faramineuses encourues pour aménager la maison ou la voiture d’une personne amputée par exemple. Quant aux handicaps invisibles, cela peut être la croix et la bannière avant d’obtenir une reconnaissance officielle. Mais c’est déjà ça ! Mon ton peut sembler virulent, mais au fond je trouve que c’est une véritable chance de vivre dans un pays où les institutions publiques font quelque chose pour aider les personnes en difficultés. Et je salue ces efforts. 🙂

 

Donc en résumé, le “handicap” c’est…

  • Voir ses possibilités d’interagir avec son environnement limitées ;
  • Ne pas pouvoir accéder à tous les aspects de la vie en société sous sa forme actuelle…

…A cause d’une particularité qui rendrait la personne “inadapté-e”. Ses difficultés peuvent être de l’ordre de l’accessibilité, l’expression, la compréhension ou l’appréhension. Ainsi, le handicap se définit avant tout socialement, plus que médicalement (source : CCAH).

 

La diversité des handicaps et leurs conséquences possibles sur la sexualité

signalétique handicapé, fauteuil roulant, sourd, muet, aveugle
Source : Clément Theriez

Il existe une foule de handicaps différents ! Ils peuvent priver d’un ou plusieurs sens (surdité, cécité, …), limiter l’usage d’un ou plusieurs membres (paralysies, amputations, …), causer une déficience viscérale, un déficit de l’attention (TDAH), des troubles dans les interactions sociales (autisme), etc. Mais le handicap apporte aussi beaucoup de positif ! Certains handicaps peuvent conférer des super pouvoirs^^ comme une sensibilité particulière, renforcer la capacité d’adaptation, exacerber certains sens, favoriser la créativité, …

Ici, on est sur un blog de sexe. Je vais donc replacer la situation de handicap dans le contexte de la sexualité. La situation de handicap peut :

  • Etre à l’origine d’une hyper-sensibilité : la personne ressent la moindre caresse à la puissance 10 et peut trembler / sursauter à des touchers anodins, ce qui peut être source de plaisir intense, ou de douleur selon le type de toucher (note : l’hyper ou hypo sensibilité peuvent être causées par un handicap d’ordre psychique comme le trouble de l’autisme) ;
  • Etre à l’origine d’une hypo-sensibilité : la personne n’a quasiment aucune sensation physique sur certaines parties de son corps, que ce soit de la douleur ou du plaisir ;
  • Générer différents types de douleurs ;
  • Augmenter la sensibilité au plaisir ;
  • Troubler l’érection ou la dilatation du vagin ;
  • Empêcher ou faciliter certaines positions sexuelles ;
  • Limiter la possibilité de “se donner physiquement à fond” (je pense aux personnes avec assistance respiratoire qui sont essoufflées très rapidement et doivent limiter les montées cardiaques) ou au contraire permettre une très grande endurance car les mouvements sont limités (comme dans les cas de paralysie par exemple) ;
  • Limiter la compréhension mutuelle (cas des troubles du spectre de l’autisme) ;
  • Limiter l’intégration des codes sociaux (ainsi, certaines personnes handicapées se masturbent en public dans les institutions médico-sociales, comme le relate Jean-Luc Letellier dans “Leur sexualité n’est pas un handicap“) ;
  • Générer du stress (qui en réalité provient souvent du partenaire “valide” qui a peur de mal faire, comme le dit François Crochon, sexologue spécialisé dans les questions de santé sexuelle des personnes en situation de handicap, dans cette émission).

Les difficultés que je viens de citer n’arrivent pas qu’aux personnes en situation de handicap ! Elles arrivent aussi aux autres. La différence, c’est qu’une personne handicapée connaîtra ces différences-là de façon presque systématique, alors que cela arrivera seulement de temps en temps aux autres. Ignorer ces difficultés quotidiennes en disant que vous aussi, vous savez ce que c’est car ça vous arrive de temps en temps, c’est ignorer la souffrance de la personne handicapée. Je dis cela car je le vis. Etant porteuse d’un handicap invisible (syndrome d’Asperger), je me retrouve souvent confrontée à des personnes qui nient mes difficultés (car ils ne les voient pas et ne se rendent pas compte qu’elles existent), et c’est difficile à vivre !

Les situations de handicap génèrent donc des difficultés très variables selon le type de handicap. Mon conseil pour vous épanouir sous la couette si vous êtes confronté-e-s au handicap : COMMUNIQUEZ. Parlez le plus tôt possible de la situation de handicap avec Chéri-e, et apportez une écoute très attentive à vos besoins respectifs. Avec de la patience, des efforts de compréhension et de la complicité, tout est possible (la preuve avec ce témoignage^^).

Bon… Et si on prenait un peu de recul pour changer notre point de vue maintenant ?

 

Et si le handicap était extrinsèque ? Si c’étaient les situations qui s’avéraient handicapantes au lieu des personnes ?

La définition officielle du handicap désigne les personnes “handicapées” comme ayant une particularité qui les rendrait inadaptées au monde… Mais que se passe-t-il lorsque vous inversez cette définition ? Vous vous rendez compte que c’est simplement le monde qui n’est pas adapté pour eux, et non eux qui ne sont pas adaptés au monde… CQFD. En vrai, le monde est conceptualisé pour correspondre à la majorité des personnes “valides” (encore que des fois on se demande, vu tous les cas de burn-out et de personnes mal dans leur peau). Comme le dit Romain (athlète tétraplégique) dans un de ses posts Instagram :

athlète tétraplégique sur un stade d'entraînement
Source : Romain

« Je ne suis pas plus handicapé que toi lorsque tout est adapté pour moi 😉 car au final… C’est la situation qui nous rend dans l’incapacité de faire quelque chose… C’est toujours l’environnement extérieur qui est la cause. As-tu déjà essayé de parler avec un groupe de sourds et muets qui discutent en langue des signes ? À ce moment-là ce sera toi l’handicapé… »

Allons plus loin dans la réflexion…

 

Et si le handicap devenait une force, une excuse pour vivre ?

Un grave accident bouleverse la vie de n’importe qui. Mais au lieu de plonger dans la déprime, certaines personnes “handicapées” relèvent la tête et ont des destinées finalement bien plus incroyables que si rien ne leur était arrivé. C’est le cas de Théo Curin par exemple. Il a été amputé des 4 membres à l’âge de 6 ans suite à une maladie grave. Et aujourd’hui il est sur le podium mondial des jeux paralympiques en natation. Il n’aurait peut-être jamais mis les pieds dans une piscine s’il n’avait pas été “poly-amputé” et ne serait peut-être jamais monté sur un podium (para)lympique.

Source : Tibo Inshape Youtube

 

Et si c’était la personne “handicapée” qui devenait la source d’inspiration des “valides” ?

Source : roro_le_costaud

Les personnes en situation de handicap sont souvent vues par la société comme des victimes de la vie qui ont besoin d’aide. Alors il existe des personnes handicapées qui ont effectivement besoin d’aide et qui survivent grâce à une assistance vitale permanente, comme Marcel Nuss, président-fondateur de l’APPAS (Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel). MAIS ! Déjà qui n’a jamais eu besoin d’aide dans sa vie ? Et ensuite, face à leurs difficultés, certain-e-s développent une force de caractère absolument extraordinaire, qui inspire non seulement les autres personnes en situation de handicap, mais aussi les valides ! Ainsi, roro_le_costaud donne des conseils et insuffle la joie de vivre sur sa page Instagram, alors qu’il a toutes les raisons du monde de s’enfermer dans son handicap. Et ça, c’est une bonne leçon de vie !

Pas si handicapée que ça, la “personne handicapée” finalement…

 

La morale de l’histoire : le “handicap”, si on le voyait simplement comme une différence ?

J’espère avoir contribué à donner une vision un peu différente sur la notion de “handicap”. Et si jamais il vous arrive de rencontrer une personne en situation de handicap, au lieu de prendre vos jambes à votre cou, peut-être que vous aurez une démarche bienveillante inspirée de la connaissance éclairée, au lieu du rejet dicté par votre peur elle-même causée par l’ignorance. Et vous vivrez une sexualité complice hors du commun ❤

Note : Même sans avoir développé de capacités extraordinaires, le simple fait d’exister donne de la valeur à une personne en situation de handicap. Par principe et par dignité.

 

Partagez cet article à un ami ou une amie qui rencontre une situation de handicap et a besoin de prendre du recul pour retrouver le smile !

 

❤ Love ❤

Morgane Z.

L’épanouissement sexuel loin des normes.

 

Toutes mes publications sont à but éducatif et n’ont en aucun cas pour but d’inciter à la haine ou détériorer l’image d’une quelconque communauté. Si vous vous sentez vexé-e-s, sachez que ce n’était pas mon intention. Cet article a été relu par une amie thérapeute et par une lectrice “handicapée” anonyme. Je les remercie sincèrement ! 

En complément de cet article, je vous propose de lire ces témoignages de personnes “handicapées” sur le blog :

Autres articles passionnants sur le sujet :

 

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One comment

  1. Bonjour étant moi reconnue travailleur handicapé pour fibromyalgie et ma cherie idem
    Je peux vous dire que ss la couette il y a des jours avec et d autre sans ce qui et logique avec cette maladie invalidante mais on fait de notre mieux qd ca va bien
    Le handicap c’est ceux qui l on pas il comprenne pas
    Bonne journée

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